Donc, les fameux "canaux" de Mars sont de simples illusions d'optique. Ce qui fut pris longtemps pour le signe d'une belle civilisation régnant sur notre voisine planétaire, n'existe pas objectivement. Mais que dire alors des ondes hertziennes mustérieuses captées par la Terre dans l'espace céleste et qu'on avait été tenté de considérer  comme des signaux radiotélégraphiques émis par les Martiens ? Ne sont-elles pas, à défaut des "canaux" inexistants, la preuve tant attendue qu'il y a quelque part une autre planète habitée ?

C'est une conversation - je veux dire une interview - de marconi, rapportée, sous des titres flamboyants, par les journaux anglais, qui nous apporta naguère la nouvelle peu banale qu'on avait enregistré des signaux hertziens de provenance extra-terrestre. 

Le récolement, l'examen comparatif des signaux reçus par les diverses stations Marconi a fait apparaître à plusieurs reprises des ondes hertziennes qui, manifestement, ne provenaient pas des stations radiotélégraphiques connues et qui avaient sans doute leur origine loin de la Terre car leurs intensités étaient égales en des stations réceptrices séparées par des milliers de kilomètres.

Mais alors ? Eh ! bien, avant de prétendre que ces ondes extra-terrestres sont des signaux intelligents, il faut se demander si elles ne peuvent pas avoir été causées par des phénomènes naturels auxquels ne participe aucune volonté consciente. 

C'est assurément par des moyens purement artificiels que les vibrations hertziennes ont été découvertes. Mais n'existe-t-il pas dans la nature des conditions analogues à celles, si complexes, qui, dans le laboratoire, donnent naissance à ces ondes. A cette question , la nature répond oui. Les ondes hertziennes sont d'origine électrique et sont produites par l'étincelle oscillante. Or il existe des étincelles oscillantes auxquelles nos ingénieurs n'ont aucune part : les décharges électriques des orages, les éclairs. Jupiter tonnant avait précédé Hertz depuis longtemps, mais nous n'en savions rien. 

La science consiste ainsi, le plus souvent, à découvrir les choses qui existent de toute éternité ... je veux dire  dès avant  qu'il y eut des hommes, mais que nos sens grossiers ne percevaient pas. Elle consiste en un mot à mettre des prolongements, des rallonges à notre sensibilité, à notre perceptivité médiocres, et à soulever, grâce à elles, les voiles décevants sous lesqueles la nature cache sa nudité. La science consiste aussi parfois - et c'est alors que savoir devient pouvoir -  à créer des réalités qui n'existaient pas, dont les possibilités, dont les conditions seules existaient. C'est ainsi qu'un très grand nombre des substances composées par la chimie organique n'ont jamais existé dans la nature, et sont surajoutées par l'homme à la création. 

Depuis de longues années, et dès les débuts mêmes de la radiotélégraphie, certaijns savants, notamment MM. Popoff en Russie, Tommasina en Suisse, Fényi en Hongrie, ont enregistré des ondes hertziennes émises par les orages terrestres, au moyen  d'appareils identiques à ceux de la T.S.F. Les décharges électriques de notre atmosphère sont des génératrices puissantes d'oscillation électromagnétique. 

Comme ces ondes sont perceptibles à une assez grande distances, elles permettent même d'annoncer la présence d'un orage dont l'existence lontaine resterait autrement ignorée ; de savoir si cet orage approche ou s'éloigne, augmente ou diminue. Elles rendent possible ainsi d'instituer une véritable prévision, à brève échéance, des orages. Des services d'avertissement ont été créés sur ce principe, notamment aux Etats-Unis. 

Ces faits et d'autres sur lesquels il serait trop long d'insister  ici nous ont amenés, il y a maintenant dix-neuf ans déjà , à exposer devant l'Académie des sciences que le Soleil devait nécessairement émettre avec abondance, outre son rayonnement calorifique et lumineux, des ondes hertziennes intenses. 

Cela résulte a priori de la nature même de ces ondes. si les radiations ondulatoires lumineuses agissent sur notre rétine à l'encontre des autres, cela n'est dû  qu'à "une sorte de hasard physiologique", suivant l'expression de Henri Poincaré qui a dit aussi quelque part : "Pour le physicien, l'infra-rouge ne différe pas plus du rouge que le rouge du vert, la longueur d'onde est seulement plus grande : celle des radiations hertzienne est beaucoup plus grande encore. Il n'y a là que des différence de degrés. "

D'autres considérations, non plus empruntées aux analogies théoriques ou expérimentales de la Physique, mais tirées de l'examen même des faits - ces maîtres despotiques de l'idée - conduisent irrésistiblement à penser que le Soleil est un gigantesque radiateur d'ondes électriques et que celles-ci doivent s'y produire dans des circonstances identiques à celles où nous les voyons s'engendrer dans nos laboratoires et notre atmosphère ... l'échelle seule des phénomènes étant la-bas infiniment plus grandiose. 

L'atmosphère qui entoure la croûte terrestre est électrisée fortement et de telle sorte que la Terre est, par rapport à l'air, négativement chargée. Ce champ électrique de notre atmosphère  est très puissant. Il règne  là une différence de potentiel qui dépasse en moyenne 100 volts par mètre d'altitude. Des décharges électriques très fortes se produisent dans l'air  chaque fois que des perturbations mécaniques, violentes, cyclones, dépressions orageuses brusques, éruptions volcaniques, rompent l'équilibre des couches de niveau électriques. Ces  décharges, nous venons de le montrer, produisent des ondes hertziennes intenses. 

Nous verrons plus loin, en étudiant le soleil, que la surface en est constituée par des nuages photosphériques ou grains de riz animés de mouvements si rapides que l'aspect des clichés solaires varie d'une minute à l'autre et que les cyclones terrestres les plus formidables n'ont que des vitesses infimes en comparaison. Pareillement, la partie basse de l'atmosphère solaire est - le spectroscope le montre - sujette à de perpétuelles et violentes éruptions. Tous ces mouvements doivent engendrer des décharges électriques semblables à celles de nos orages, mais incomparablement plus fortes, et partant des ondes hertziennes puissantes. 

L'analyse spectrale conduit aux mêmes conclusions. Elle établi, notamment grâce aux belles recherches de M. Deslandres, que les protubérances éruptives de l'atmosphère solaire - qui auréolent de leur dentelure enflammée et rose le bord noire de la Lune dans les éclipses totales - sont illuminées électriquement et produites par des décharges analogues à celles des orages terrestres. 

C'est ainsi que nous avions été amenés, naguère, à établir que le Soleil doit émettre des ondes hertziennes, et que  cette émission doit être particulièrement intense dans les régions et aux époques de grande perturbations, je veux dire dans la régions des taches et des facules et au moment du maximum des taches solaires. 

Il semble infiniment probable que les ondes hertziennes d'origine cosmique qui viennent d'être enregistrées par les stations Marconi sont précisément ces ondes électriques solaires. 

Avant d'attribuer des signaux hertziens, venus incontestablement de l'espace céleste, à je ne sais quelle conversation interplanétaire, à je ne sais quelle correspondance amicale et télépathiquement télégraphique de nos voisins astraux, il est plus simple , comme on voit, d'en rechercher la cause dans des phénomènes naturels. 

Certes le goût du merveilleux  n'en est point entièrement satisfait, du moins de ce merveilleurx un peu puéril qui berce l'éternelle enfance de l'humanité et qui nous a valu notamment les délicieuses niaiseries  des Mille et une Nuits ou des Contes de Perrault. 

Pour le philosophe, le seul merveilleux est celui qui est vrai. L'aventure de la Belle au Bois dormant est prodigieuse. Mais je la trouve beaucoup plus agréable que surprenante. si on avait demandé à Louis XIV ce qu'il trouverait le plus étonnant : ou bien qu'une belle pût effectivement dormir en un bois enchanté, des siècles durant, jusqu'à ce qu'un prince Charmant la réveillât, ou bien qu'on pût bientôt causer à voix basse et du ton le plus naturel de Paris à Londres, qu'eût-il répondu ? Je gage qu'il eût fait enfermer aux Petites-Maisons le prophète du téléphone, et nommé gentilhomme de sa chambre l'annonciateur  de l'autre nouvelle, d'autant qu'il avait tout intérêt à laisser penser que les "Princes Charmant" sont possibles.

Tout cela n'empêche point cependant que plusieurs progesseurs américains, dont il ne sied guère  de redire ici les noms, n'aient , récemment et profitant d'une oppositions de Mars, tenté de capter les radiotélégrammes de nos voisins astraux. L'in deux entrprit même de monter en ballon jusqu'à 15 kilomètres de hauteur pour recevoir plus facielement  les martigrammes. Le résultat fut négatif. Ce professeur qui, pour gagner quelque chose sur uen distance de quatre-vingt-dix millions de kilomètres, se hausse de quinze kilomètres au risque  de se casser le nez et de perdre le souffle, me rappelle un des héros  de je ne sais plus quel grand écrivain. C'est, si j'ai bonne mémoire, un brave capitaine, qui au cours d'une manoeuvre, et devant enseigner  à ses hommes l'orientation nocturne, se fait montrer l'Etoile Polaire par l'instituteur, lequel représente la science dans la compagnie. Puis, après avoir regardé un instant la Tramontane toute menue et clignotante là-haut, il s'écrie : " Mais ils vont attraper le torticolis ! Que toute la compagnie recule de cinquante pas ! Pourquoi les hommes ont-ils la rage de vouloir qu'ailleurs aussi, et même dans la proche banlieue de notre bourgade solaire, il y ait des êtres semblables à nous, qui s'entredéchirent et qui par surcroît pensent, c'est-à-dire souffrent ? N'est-il pas plus sage peut-être de considérer la vie organisée comme une contingence protoplasmique aussi éphémère dans l'espace que dans le temps ?