Depuis le 7 juin 2013 je n'avais pas retranscris le fameux livre d'Astronomie de Charles Nordmann. clic clic 

Beaucoup de choses se sont passés : un BTS, un déménagement où le livre a été rangé dans un carton et le dit-carton ouvert il y a très peu de temps, en fait depuis 1 semaine. 

Je vais donc reprendre la transcription de ce livre mais pour celles et ceux qui ne sont pas intéressés par le sujet je ne partagerai pas le message. 

Je continue la suite du 2e chapitre. 

 

Lorsqu'on aura démontré, par des analogies et des extrapolations de petites expériences de laboratoires, que la vie est possible ailleurs qu'ici-bas, on n'aura pas prouvé qu'elle est. On n'aura le droit d'affirmer que la vie existe que d'autres planètes que lorsqu'on l'y aura observée, elle ou ses oeuvres. 

Si nous mettons à part Mars qui mérite à cet égard l'étude particulière que nous lui consacrerons tout à l'heure, voyons donc ce que nous montrent les autres grosses planètes les plus proches, Vénus, Jupiter, Saturne. 

Vénus ? Magré qu'elle ne soit parfois qu'à 40 millions de kilomètres de nous, malgré que son éclat atteigne cent trente fois celui d'une étoile de première grandeur, nous ne savons pas grand chose d'elle sinon qu'elle présente des phases comme Phoebé, visibles à la plus médiocre lunette. En cela elle est, si j'ose dire, lunatique et justifie un peu son nom si divinement féminin. Nous savons aussi qu'elle n'a pas de satellite, et que son diamètre est presque exactement égal à celui de la Terre. Le spectroscope a décelé de la vapeur d'eau dans son atmosphère. Et c'est tout. ( Dans le HS de Ciel et espace de mars 2016, il est indiqué que "La sonde a observé que notre voisine perd des atomes d'hydrogène et d'oxygène, plus précisément 2,2 atomes d'hydrogène pour un atome d'oxygène, soit quasiment l'équivalent de la molécule d'eau" ).

Une atmosphère entièrement nuageuse nous cache sans cesse la surface de la planète, si bien qu'on ne sait pas même encore avec certitude la durée de sa rotation. Nous ignorons tout de ce que masque ce rideau de nuages. Et pourtant on aimerait à croire que la vie palpite et rit sur l'astre qui prit son nom à la mère d'amour. Là, peut être, tout n'est pas comme ici bas sens dessus-dessous ; un idéal incontesté y polarise toutes les pensées et l'on s'y peut orner le front de roses sans se mettre du même coup une couronne d'épines. Mais tout cela n'est pas bien sûr. Vénus reste fermée à nos curiosités et nous ne savons d'elle guère plus que les anciens (depuis nous avons découvert bien des choses sur cette planète ! ) Pour nous comme pour eux, lorsqu'elle se couche après le Soleil, elle reste l'Etoile du Soir, tant aimée des poètes, la "toute belle" d'Homère. Alors, à l'Occident, quand le soir replie sur nous ses ailes obscures, elle s'allume comme un fanal au rivage de la nuit. En la voyant ainsi, jadis pâtres d'Orient connaissaient l'heure de rentrer leurs bêtes. De là lui est venu ce joli nom : Etoile du Berger.

Quand, au contraire, dans la nacre de l'aurore, elle précéde le Soleil levant, c'est l'étoile du Matin, lumière anadyomène, perle matutinale que le jour bientôt dissout dans sa coupe brillante. 

Tout cela est bel et bien, mais nous laisse au même point qu'il y a deux mille ans. 

Jupiter ? Jupiter, roi ... ou reine des planètes (je ne sais comme il faut dire et je laisse aux grammairiens le soin de résoudre ce problème astronomique), Jupiter plus massif que ne sont ensemble tous les autres figurants du cortège solaire, Jupiter douze cents fois plus volumineux que n'est la Terre ( De nos jours, on trouve qu'elle est 1300 fois plus volumineuse ! ) , n'apporte que des déceptions à ceux qui y cherchent la vie. Les télescopes les plus attentifs décèlent sur son disque aplati de longues ceintures blanches, parallèles à l'équateur. Au temps où fleurissait la mythologie, on eût vu là les ceintures dérobées par le dieu aux timides nymphes ses victimes. Plus prosaïquement, nous savons que ce sont des nuages, ou plutôt des condensations de la matière fluide qui forme la surface de la planète, surface non encore solidifiée, solidaire de tous les mouvements du noyau incandescent. 

Quant à l'étrange "tâche rouge" qui flotte parmi les bandes équatoriales joviennes, elle paraît une sorte de gigantesque scorie en formation, une sorte de continent, plus étendu que toute la Terre, qui se cristallise peu à peu et surnage comme une banquise sur la planète en fusion. ( Voui, voui et la marmotte mis le chocolat dans le papier d'alu !! ). Pas de trace de vie dans tout cela. Il n'est même guère raisonnable de la supposer possible à la surface de cette planète mal redroidie, quand on pense qu'aucun être vivant ne résiste à 150 degrés de température. Bref les huit satellites, les huit Lunes joviennes qui encerclent la planètes énorme de leurs mouvements inégaux et rapides ne doivent assurément  y solliciter nul regard. 

Saturne enfin ? peu de détails nous sont accessibles de la planète annelée d'or ( quelle imagination ! ). C'est que même au plus près, elle n'approche guère de nous à moins de 1 milliard et 220 millions de kilomètres. que l'anneau gigantesque (276 000 kilomètres de diamètre extérieur) et plat (moins de 100 km d'épaisseur) qui la nimbe comme une auréole raphaëlique, soit formé de myriades de menus satellites indépendants, c'est ce qui est prouvé à la fois par la mécanique céleste et la spectroscopie. Que son volume soit 730 fois celui de la Terre, que l'année y dure 29 des nôtres et le jour dix et demi de nos journées, c'est ce qu'on savait depuis longtemps. 

Nul indice observable de vie organisée, au surplus. Les nuits saturniennes doivent être belles pourtant avec l'anneau qui, comme un grand mur de lumière, flamboie au bord de l'horizon et les dix Lunes ( il y en a en réalité 200) qui se poursuivent sans arrêt - la principale presque aussi grosse que la Terre, la moindre toute naine avec ses pauvres 100 kilomètres de diamètre. 

On souhaiterait que les habitants de Saturne eussent mille toises de haut, comme l'assure M. de Voltaire. On aimerait  surtout avoir des raisons de croire qu'ils existent. Mais si tel est le cas, quand ils voient  qu'aucune autre planète n'a rien de comparable à ces spendeurs dont leurs nuits sont illuminées, des bouffées d'orgueil doivent gonfler leurs âmes. Ils doivent  penser que le reste de l'Univers n'a été fabriqué que pour faire un cadre poétique à leur planète privilégiée. Un déplorable  saturnicentrisme doit leur déformer les idées. Bref, hypothèse pour hypothèse, je préfère les rendre au néant.