le royaume des cieux 2

 

Introduction : 2e partie

 

Le ciel ! Depuis qu'il y a des âmes élégiaques, et qui s'exhalent en lignes inégales et rimées, on a écrit à son propos bien des choses erronées et charmantes. 

Il n'y a pas longtemps - car qu'est ce que quelques siècles ? - on s'imaginait, pour expliquer le mouvement diurne, que les étoiles avaient été clouées par quelques dieu artiste sur une sphère matérielle tournant en vingt-quatre heures autour de nous. Cette sphère devait être solide. Aristote avait énoncé en effet que la solidité était un attribut  attaché à la noblesse de sa nature. Il eût fallu être bien difficile pour n'être pas persuadé par cet argument. Solide et transparente, elle ne pouvait être que de cristal. Lorsqu'on découvrit que le soleil, la lune et les planètes n'ont pas la même vitesse de rotation apparente que les étoiles, il fallut imaginer, pour les y accrocher, un grand nombre d'autres cieux cristallins, dont le septième, on n'a jamais su pourquoi, fut tenu pour le siège de félicités posthumes extraordinaires. Par où l'on voit que le cristal ne coûtait guère aux philosophes en ce temps-là. 

Ainsi le ciel bleu devint une machine fort compliquée. Hélas ! l'azur céleste n'est nullement la couleur de l'espace sidéral, mais seulement de notre atmosphère. Cette mince bulle d'air qui entoure la terre et où nous respirons est si minuscule que si, au lieu de se raréfier avec la hauteur, elle avait partout la même densité  qu'à la surface du sol, son épaisseur ne serait que de huit kilomètres. La masse  totale de l'atmosphère est d'ailleurs seulement de cinq quatrillions de tonnes,( d'après ce que j'ai compris sur wikipédia, mais je peux me tromper, un trillion est égale à 10 puissance 18 mais cinq quatrillions, ce serait égale à combien ? D'après ce site ce serait 5 fois 10 puissance 15 ) ce qui n'est guère au regard de l'infini. Le ciel bleu est donc fort peu de choses. ( toujours sur wikipédia, on considère actuellement que le poids total du "ciel bleu" est de  5 148 000 gigatonnes )

Et maintenant pourquoi le bleu du firmament est-il comme la couleur évocatrice de l'Idéal ? Pourquoi, plus que tous les autres spectacles de la nature, fait-il sentir aux hommes cette nostalgie de l'infini et du parfait  qui les a tout tourmentés ? 

N'est ce pas à cause des vieilles légendes religieuses qui toutes, depuis les scandinaves jusqu'aux grecques et aux hindoues, ont situé dans l'azur zénithal leurs naïfs "royaume des cieux", leurs édens posthumes, réparateurs et si mélancoliquement hypothétiques ? Je le croirais volontiers. De tous ces beaux contes de fées, il est resté une sorte de ferveur atavique jusqu'en les coeurs des mécréants. Le ciel est comme ces vieux livres jaunies d'où monte, quand on les ouvre, une odeur de prairie, parce qu'un jour, il y a longtemps, bien longtemps, une aïeule y mit sécher des fleurs. 

Le bleu du ciel, ce bleu que les poètes appellent naïvement " l'azur infini", ne provient que d'une pellicule d'air. Le vrai ciel, celui qui étend au delà ses déserts silencieux, n'est pas un dais bleu posé au dessus de sa Majesté l'Homme, et où un tapissier céleste aurait fixé les clous d'or des étoiles. Le vrai ciel est noir, d'un noir profond de deuil éternel. Les étoiles ne sont pas des clous d'or, mais peut être des points de suspensions jetés sur une page vide ...